Pourquoi 10 minutes de piano par jour valent mieux que 2 heures le week-end ?
Pourquoi il faut mieux travailler le piano 10 minutes par jour que faire une seule séance de 2h ?
Cela peut sembler contre-intuitif, d’autant plus que si on cumule 10 minutes par jour, on arrive à un total de 70 minutes sur 7 jours, en-dessous des 2h cités plus haut.
Mais le cerveau fonctionne de telle manière, qu’il vaut mieux pratiquer un peu tous les jours que faire une grosse session hebdomadaire. Cela tient au fonctionnement particulier de la mémoire et à la consolidation de l’apprentissage.
Comment le fonctionnement du cerveau doit-il influencer votre rythme de pratique du piano ?
Le cerveau est un appareil ultra dynamique. Il a la capacité de modifier, réorganiser et adapter son système en permanence, et à tout âge. Comment ? Il Crée, réoriente, et renforce en permanence ses connexions neuronales en fonction des besoins. C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale, ou la neuroplasticité.
L’apprentissage d’un instrument de musique, et du piano en particulier, va modifier l’organisation du cerveau. Cela se traduit par des changements dans la structure de plusieurs régions cérébrales, en particulier celles impliquées dans le contrôle moteur, l’audition et la mémoire. En s’entrainant au piano, le cerveau va répéter certains circuits neuronaux et ainsi renforcer et optimiser ces cheminements.
Afin que ces changements structurels apparaissent dans le cerveau, il faut répéter les mouvements. Et plus la répétition est fréquente, mieux elle est intégrée par notre système cérébral. Par conséquent, la répétition quotidienne des mouvements des mains et des doigts au piano va stimuler de manière beaucoup plus efficace les zones du cerveau concernées qu’une seule pratique hebdomadaire, ou mensuelle.
Si une trop grande durée espace deux entraînements, les connexions que le cerveau a construites lors de la première session s’affaiblissent, voire disparaissent si la durée est très longue. Et c’est comme si on repartait de zéro à la séance suivante. Au contraire, si les entraînements sont rapprochés dans le temps, le cerveau renforce ces connexions, et les optimise.
Pourquoi on n’oublie jamais complètement une pratique qui a été fréquente ?
Ceci explique pourquoi lorsqu’on a pratiqué le piano enfant pendant de longues années, comme moi-même, on ne repart pas de zéro quand on reprend à l’âge adulte, même après des années d’arrêt. Les entrainements et répétitions effectués pendant l’enfance ont laissé des connexions stables et fortes, qui ont probablement un peu faibli, mais qui n’ont pas complètement disparu. Il suffit maintenant de les réactiver et de les renforcer à nouveau par un jeu régulier.
On observe le même phénomène sur d’autres activités : le vélo par exemple ou le ski. On dit bien que le vélo ne s’oublie pas. Maintenant vous savez pourquoi !
Attention à la façon de pratiquer lors des sessions de piano
Et oui, parce que si les connexions structurelles du cerveau se renforcent pour les bons gestes, elles vont aussi se renforcer pour les mauvais gestes ou les erreurs, si ces dernières sont répétées souvent. Donc si on fait des erreurs, il faut mieux ralentir son rythme, travailler le passage difficile pour corriger l’erreur et ensuite accélérer de nouveau. On consolidera ainsi le bon geste.
Le rôle du sommeil dans l’apprentissage
Les dernières recherches scientifiques sur le sommeil montrent son rôle majeur dans la consolidation de notre savoir et dans notre apprentissage. La nuit, le cerveau consolide les gestes appris dans la journée : il trie les informations de la journée et notamment les apprentissages moteurs, renforçant ainsi la trace mémorielle laissée par l’entrainement de la journée. Avec le temps, le cerveau garde surtout les réseaux et connexions les plus efficaces, ce qui rend les gestes des mains et des doigts plus rapides et plus stables.
Mathématiquement, si on s’entraine tous les jours, on a autant de nuits de sommeil pour consolider l’apprentissage. C’est beaucoup plus intéressant pour notre progression qu’une seule nuit de sommeil après un seul entrainement hebdomadaire, même si celui-ci est long.
Autres arguments en faveur de nombreuses sessions courtes plutôt qu’une seule grosse session
D’abord il est plus facile d’installer une routine et de la maintenir sur le long terme si elle est quotidienne plutôt que si elle est hebdomadaire. L’habitude se crée mieux au quotidien.
Ensuite, quand on se remet au piano, les sessions peuvent être fatigantes. Le cerveau n’a plus l’habitude de certains gestes, il faut réfléchir aux notes, au positionnement des mains etc. Un effort court et répété limitera la surcharge mentale.
Enfin, la qualité des sessions sera plus importante sur 10 minutes que sur 2h. On est mieux concentré sur 10 minutes que sur 2h, on réduit ainsi les erreurs et on peut concentrer le travail sur un point particulier.
Quoi faire en pratique ?
En pratique, il est utile de fixer un créneau quotidien auquel se tenir. Si on se dit juste « je travaille le piano 10 minutes par jour », c’est en général trop peu cadré pour maintenir une routine. Il est préférable de fixer un horaire ou un moment de la journée : 10 minutes le matin après le café ou 10 minutes le soir en rentrant du travail par exemple.
Doit-on jouer absolument tous les jours ? C’est mieux, mais en pratique si on saute certains jours, ou le week-end de temps en temps, ça n’aura pas beaucoup d’impacts sur les progrès à long terme. Ce qu’il ne faut pas c’est faire du saut de session une habitude.
On peut organiser sa session comme suit : un échauffement, puis un travail ciblé (passage technique, exercices spécifiques etc.). Et finir par un passage qu’on maitrise bien pour sortir de la session sur une note positive.
N’hésite pas à laisser tes commentaires ou questions ci-dessous !
